Exposition Jean-Paul Debout
- Du 23/03/2026 au 29/03/2026
- Localisation : Carré à la farine (Halle à la farine)
- Site de l'événement
- Organisateur : Jean-Paul Debout
Jean-Paul DEBOUT : L’insolence du regard
Peintre de la dissonance lumineuse, Jean-Paul Debout avance comme un funambule sur la ligne fragile qui sépare le réel de sa propre fiction. Il ne marche pas : il oscille, il doute, il se risque. C’est dans cette instabilité assumée que son œuvre trouve sa tension. Ses toiles ne racontent jamais l’évidence : elles surgissent, éclatées, vibrantes, comme si chaque couleur tentait de contredire la précédente, comme si la palette tout entière refusait l’unisson.
Chez lui, la couleur n’est jamais décorative ; elle est combative, presque sauvage, toujours sur le point d’échapper à son cadre. Il peint le monde non pas tel qu’il est, mais tel qu’il trébuche — bancal, ironique, parfois insolent, toujours traversé d’une énergie qui refuse les compromis. Dans ce monde vacillant, les certitudes se décrochent, les formes s’émancipent et la narration visuelle devient un terrain miné où rien n’est stable, où tout peut basculer. Debout a cette capacité de faire apparaître l’envers du décor, d’exposer les failles lumineuses de la réalité, celles que l’on préfère d’ordinaire ignorer.
Il y a chez lui une obsession manifeste pour les objets du quotidien, mais jamais dans leur forme docile. Une bouteille devient totem, un gratte-ciel se déforme comme un souvenir mal rangé, une silhouette se dissout jusqu’à ne plus être qu’un souffle ou une hésitation. Rien n’est intact, rien n’est donné. Jean-Paul Debout ne représente pas : il déplace, dérange, décentre. L’image qu’il propose est un glissement, une torsion de la réalité, une mise à nu de ce que l’on regarde sans voir. C’est une manière de reconfigurer nos repères, de fissurer notre regard pour mieux en révéler les angles morts. Critique involontaire — ou parfaitement consciente — de l’urbanité moderne, son travail joue avec les symboles d’une société saturée : verticalités dominantes, couleurs hurlées, perspectives qui se dérobent comme des vérités discutables. Il semble peindre la ville telle qu’elle nous avale — brillante, rugueuse, hypnotique — tout en la vidant de son arrogance.
Dans ses compositions, l’architecture perd son assurance, les objets perdent leur destination, et l’humain, souvent absent ou réduit à une ombre, devient le spectateur silencieux d’un monde qui se déstructure sous ses yeux. La force de Jean-Paul Debout réside dans cette liberté assumée : refuser la tranquillité visuelle, rompre avec les systèmes, casser la solennité du figuratif pour imposer une poésie vibrante et parfois féroce. Il peint comme on résiste : par éclats, par débordements, par métaphores détournées.
Il peint aussi comme on respire sous pression, avec une urgence qui ne dit pas son nom, une nécessité intérieure qui dépasse la simple volonté esthétique. Son œuvre, volontairement insoumise, est une invitation à regarder autrement, mais aussi une provocation — douce en apparence, incisive dans son intention. Il ne cherche pas à séduire. Il cherche à déplacer l’équilibre intérieur du regardeur, à bousculer la mécanique intime de la perception. Et c’est précisément là que réside sa pertinence artistique : dans cette capacité rare à faire vaciller nos certitudes, à ouvrir dans la surface des choses une brèche où s’engouffre le sensible, le critique et le poétique tout à la fois.
Carole Schmitz.