Émilie Pauly

Artiste peintre.
Membre de la fondation Taylor.

Tout commence par le dessin. Il est pour moi un espace d’exploration, un lieu où le geste précède l’intention. Je ne pars pas d’un projet défini : le trait avance, cherche, et peu à peu des formes apparaissent. Ce sont souvent des figures hybrides, mi-animales, mi-végétales, parfois dotées de traits anthropomorphes ; des présences singulières qui émergent sans que je les aie anticipées. Cette hybridité n’est pas un choix de fantaisie mais la conséquence directe d’une vision du monde réconciliée, où la porosité des formes témoigne d’une interconnexion totale des règnes du vivant.

Ma pratique picturale s’impose d’abord par un choix radical de temporalité. Dans un monde saturé par l’immédiateté et le flux incessant des images, je définis mon travail comme une ascèse temporelle. Je refuse la logique de production pour privilégier celle de la décantation. Le temps long de la peinture — avec ses repentirs, ses glacis, ses ajustements et corrections — crée une épaisseur matérielle. Cette densité donne à mes tableaux une réalité physique qui leur permet de s’extraire du statut de simple vision ou projection, pour s’ériger en territoires autonomes. Puisqu’ils sont autonomes, ces univers ne répondent plus aux lois du réel mais à celles de leur propre cosmogenèse. Ma peinture est figurative mais non référentielle : elle ne cherche pas à refléter le monde mais en engendre un nouveau, régi par ses propres lois, affranchi de toute référence géographique, historique ou culturelle.

Mes figures s’inscrivent dans des espaces entre terre, eau et ciel. Ces espaces ne sont pas pensés comme des décors mais comme des milieux d’apparition, où les frontières entre éléments se dissolvent volontiers pour laisser place à une continuité organique. Dans ces environnements volontairement non naturalistes, les rapports d’échelle, de profondeur et de distance sont organisés selon une nécessité interne plutôt qu’une logique mimétique. L’échelle des valeurs s’y inverse pour laisser place à une ontologie de l’infime. Parce que je porte une attention extrême au moindre fragment — la texture d’un nuage, les écailles d’une créature ou l’éclat d’une particule — le petit y devient une puissance agissante. Cette sacralisation du détail n’est pas qu’esthétique : elle est un acte de résistance. En accordant la même précision picturale à un brin d’herbe qu’à un visage, je décrète l’absence de hiérarchie entre le végétal, l’animal et l’humain. Si chaque détail est investi d’une part de sacré, alors tout ce qui vit devient égal. Dans ces paysages aux horizons mouvants, se joue un dialogue entre le beau et le sublime : une sérénité fragile, mais réelle, s’installe au cœur de l’immensité. En ce point précis, l’intime rencontre l’infini.

L’enjeu fondamental de cette peinture réside également dans le refus assumé de la clôture : de l’espace comme du sens. Les mondes représentés ne sont jamais fermés. Ils excèdent le cadre, dépassent ce qui est donné à voir. Pour moi, le monde pictural ne se réduit pas à ce qui est montré ici et maintenant : il se prolonge au-delà du champ visible, comme s’il continuait d’exister hors du regard, hors du temps suspendu qu’est celui de la contemplation. De même, ma peinture refuse d’être enfermée dans une lecture univoque. L’image ne doit pas nommer ni classer, mais maintenir le sujet dans une incertitude fertile. Je construis mes tableaux comme des expériences ouvertes, dont le sens reste suspendu au regard de celui qui observe. Cette suspension garantit que la figure ne se fige jamais dans l’anecdote : elle reste une puissance d’apparition, une présence qui, parce qu’elle échappe aux désignations stables, peut se livrer tout entière à la subjectivité du regard.

Pour que cette ouverture du sens ne bascule pas dans le chaos, mon travail s’appuie sur une force unificatrice : la lumière. Elle n’a pas pour fonction d’éclairer : c’est une lumière d’immersion et de cohésion. Émanant de l’intérieur des êtres comme une substance génératrice, elle guide le regard, enveloppe les formes et relie les figures. Elle est le flux vital qui unit le végétal à l’astral et donne sa consistance au monde.

En revendiquant l’élégance et la douceur lumineuse, je ne cherche ni l’évasion ni le refuge mais opère une forme de réenchantement critique. Il s’agit de montrer que, même au sein de configurations instables, la vie déploie des stratégies de présence sereine. Mes tableaux offrent des champs perceptifs invitant à une traversée sensible de mondes qui, bien que troublants, demeurent fondamentalement habitables. Le spectateur traverse ainsi l’incertitude des formes pour atteindre cette lumière qui cimente le réel et réenchante notre regard.

Disciplines Peinture
Sujet
Techniques Acrylique, Huile
Support et matériaux Bois, Carton, Toile
Tendances
Code postal 92350
Ville Le Plessis-Robinson
Région Île-de-France
Numéro de téléphone
Site web https://www.instagram.com/pauly.emilie
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