
Sofigael M. [Sophie-Gaëlle Martin]
Monday morning
"Monday Morning" met en scène, avec humour noir, l’aliénation au travail. Critique de la société de performance, le burn out en est le thème central. Une femme se suicide, métaphoriquement ou pas, dans sa baignoire, un lundi matin, avant d’aller travailler, comme l’indique l’horloge au-dessus d’elle. Il est 7h15. Son conjoint, indifférent, continue sa routine dans un état second. Il ne voit pas, ou ne veut pas voir. Ce qui compte, c’est le travail.
Le contraste entre le geste banal et le drame absolu structure toute la scène. L’accent est mis sur le bourreau - de travail - et non sur la victime, qui se fond dans le décor, comme un accessoire de salle de bain. L’homme, tournant le dos au spectacle sanglant qui se joue derrière lui, occupe tout l’espace tandis que la femme semble disparaître de son champ de conscience. Dans un geste mécanique, il utilise cyniquement le rasoir ensanglanté avec lequel sa conjointe s’est mutilée. L’important, c’est de ne pas être en retard au bureau. Cette indifférence n’est pas seulement celle d’un individu : c’est celle du système qui continue, implacable.
Les éléments du décor renforcent cette lecture. Le flacon de vitamines promet énergie et performance : sur son étiquette, le diagramme à barres évoque la croissance et les courbes de résultats. Les lignes verticales du mur ressemblent à des barreaux : prison mentale, sociale, peut-être conjugale. Les joints rouges du carrelage, ciment de sang, matérialisent l’expression « se tuer à la tâche » : la femme paye de sa santé son beau sol en faïence bleu outremer. La salle de bain devient le lieu d’un sacrifice intime au nom de la productivité et de la réussite sociale.
C’est également la critique du couple et d’une certaine dynamique conjugale : la femme est ignorée par son partenaire, son existence est niée, devenue secondaire et superflue. La reprise du lundi et la routine quotidienne agissent comme des instruments de violence silencieuse. Pour son conjoint, elle semble déjà partie, exsangue, fantôme de sa propre vie.
Le tableau peut aussi se lire autrement : féminicide pendant le week-end, fantasme meurtrier du mari, ou bouffée délirante sanglante révélant une souffrance psychique extrême. Le lundi matin et son rituel rassurant deviennent alors refuge, dans une tentative vaine de retrouver la normalité.
- Prix indicatif : 2800 euros
- Technique : Technique mixte
- Sujet : Scène de vie, portrait, critique sociale, symbolisme, art narratif, burn out, suicide, féminicide, art engagé
- Discipline : Peinture
- Support et matériaux : Huile et acrylique sur toile de lin
- Année de création : 2026
- Dimensions : 70 x 70 cm